Le parler swa en créole haïtien : entre une variété systématisée et une variété non-systématisée
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Dans cette étude, nous proposons d’examiner le créole francisé parlé en Haïti, communément appelé kreyòl swa (KS), une variété parlée par des locuteurs bilingues, telle que définie par Fattier-Thomas (1984) et Valdman (2015). Selon ces auteurs, le KS présente des traits phonologiques et syntaxiques distinctifs, tels que l’utilisation de voyelles antérieures arrondies, la nasalisation du déterminant /la/ en contexte non nasal, la réalisation postvocalique de [r], ainsi que l’emploi du complémenteur keu/ke. Cependant, l’usage du KS dans les médias révèle parfois des formes fortement influencées par le français, allant au-delà de ces caractéristiques linguistiques documentées ; ce qui nous amène à proposer une distinction entre deux variétés de KS : l’une systématique, l’autre non systématique. En comparant les usages du KS chez Liliane Pierre-Paul, Jean-Bertrand Aristide et Mirlande Manigat, cette étude met en évidence un KS systématique et prévisible, conforme à la théorie variationniste de Labov (1972), et un KS non systématique qui s’en écarte. Bien que le KS systématique constitue une variété mésolectale, il apparaît, à la lumière de l’approche variationniste, que sa régularité est le produit d’un processus de variation sociolinguistique structuré, en corrélation avec ses variantes basilectales (ex : duri ~ diri, « riz »), sans qu’il y ait pour autant de modification au niveau de la grammaire du CH standard (ou basilectal). Non seulement cette stabilité au niveau de la grammaire basilectale contribue à la systématicité et à l’intelligibilité de cette variété, mais elle participe également à sa montée en prestige, notamment chez les locuteurs monolingues issus des milieux ruraux et populaires.