Item: Sentir n’est pas consentir : La précarité du « non » féminin dans La Princesse de Clèves
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Ce chef-d’oeuvre est célèbre pour le catégorique refus que Mme de Clèves impose au duc de Nemours. Or la critique a virulemment attaqué ce refus sous prétexte que l’héroïne est amoureuse de cet homme. Le « non » de Mme de Clèves a été condamné par de nombreux critiques, en dépit de la litanie de torts incontestables que l’on peut reprocher à Nemours, à commencer par le harcèlement, mais aussi le voyeurisme, ou le sabotage délibéré du mariage de l’héroïne. Ces critiques expriment souvent leur désaveu avec aigreur et animosité, à l’aide d’arguments insolites sans assise textuelle. Je propose pour ma part d’analyser le caractère excessif et répétitif des approches amoureuses de Nemours à la lumière de la morale que recèlent les traités et autres ouvrages moralistes écrits sur les rapports galants dans la seconde moitié du dix-septième siècle afin de prouver que cet homme bafoue les règles de la galanterie respectueuse de cette époque. Cette analyse permet de démontrer la culpabilité du duc, de réfuter les condamnations des critiques, qui semblent davantage motivés par une incapacité à accepter le refus féminin que par une analyse rationnelle, mais aussi de légitimer les choix de l’héroïne.